Echos du Yatenga
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Saint du jour


L’évangile du jour

En ce temps-là, Jésus disait : « Malheureuse es-tu, Corazine ! Malheureuse es-tu, Bethsaïde ! Car, (...) lire la suite...

 

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- 29 MAI 2017 : 7° anniversaire u sacre du père Evêque Justin KIENTEGA
- 01 juin 2017 : saint Justin, martyr, fête patronale du père EvêquE Justin KIENTEGA
- 30 Juin 2017 : Missions pour l’année pastorale 2017-2018.

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L’agenda de l’évêque

Mois De JUILLET2017
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Agenda Père ÉVÊQUE (...)

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ÉDITORIAL : TÊTE PROTÉGÉE

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Ceci est un conte de la savane burkinabé. Il est donc un bien commun :

« Il y eut une sacrée bagarre entre le lézard et la souris : une bagarre à soulever la poussière et à remuer les arbres de la savane. Avertis du drame par un passant, le coq, le bouc et le bœuf jugèrent qu’il fallait laisser les deux adversaires en découdre, car il n’était pas courant de voir une bagarre de lézard et de souris. Le coq, le bouc et le bœuf trouvèrent d’ailleurs une bonne formule de politesse ou d’excuse pour ne pas se rendre sur le champ de bataille : "Ça ne me concerne pas ». Et chacun d’eux regagna son domicile."

Quoi de plus normal que des gens de noble naissance, excepté le bouc, refusent de se mêler à une querelle de méprisables bêtes ! Chacun craint avoir à rendre compte et voir sa quiétude troublée par des enquêteurs aux questions interminables. Au Burkina, l’on dira : chacun se cherche. Ce qui est prioritaire, c’est de sauver sa peau, sa vie, garantir sa sécurité, préserver son poste. C’est ce qui fonde du reste cette philosophie égoïste qui stipule que lorsqu’une pierre vient du ciel, chacun protège sa tête. Ma tête ! Ma tête et rien que ma tête !
« Mais voilà ! Dans leur lutte, les deux belligérants firent tomber une gourde chargée d’eau sur un moribond vieillard, couché dans la case. Arrivèrent les funérailles. Coq, bouc et bœuf furent sacrifiés pour honorer la mémoire du défunt. »
Comme le coq, le bouc et le bœuf, nous avons assisté, les mains sur la tête, au drame qui frappait les autres, convaincus que ça n’arrivait qu’aux autres. Le Pape Benoît XVI est attaqué de toutes parts par des médias à la solde du Prince des ténèbres ; des fils de l’Eglise se passent la nouvelle : « as-tu lu tel journal ? Es-tu allé sur tel site ! On y critique le Pape. » Dieu merci, il ne s’agit que de la tête du Pape. Le lendemain de cette critique du Pape, l’on apprend qu’au regard de tel Canon du Code de 1983, le Pape a donné une retraite anticipée à tel Archevêque ou Évêque. Dieu merci, il ne s’agit que de la tête d’un évêque. Les commentaires reprennent de plus belle et l’on en donne même les raisons. Ces commentaires n’en finissent pas qu’on s’excite à la nouvelle qu’un ecclésiaste serait pris en flagrant délit de... Les spécialistes des dissertations, des commentaires composés ou des résumés de textes se lancent dans ce sujet fort abordable par tous les âges. Nous les écoutons, complaisants, coopératifs, complices. Coq, bouc et bœuf furent sacrifiés pour honorer la mémoire du défunt. Les mains sur les têtes, nous nous sommes souvent détournés des terrains où le devoir de charité, de miséricorde et de solidarité nous appelait. Les mains sur la tête, nous avons souvent répondu à ceux qui nous reprochaient notre lâcheté : « Mais, après tout, que pouvions-nous faire contre telle personne ou telle situation ? D’ailleurs, l’essentiel est de préserver son honneur, son salaire, sa famille, son poste juteux. » Et les yeux fixés sur les pierres qui pleuvent sur les têtes des autres, nous avions les mains sur la nôtre. Ma tête, rien que ma tête. Coq, bouc et bœuf furent sacrifiés pour honorer la mémoire du défunt.
Aujourd’hui, les mains sur la tête, nous assistons à la banalisation du mariage, au laisser-aller dans l’éducation de nos enfants, à la mauvaise pratique religieuse de nos enfants, à la prise en otage de l’école de nos enfants par des enfants instrumentalisés, au ravage de la télévision sur nos enfants, à la prolifération des sites aurifères avec leurs corolaires de dépravation et de banalisation des valeurs culturelles, sociales et religieuses, au pillage éhonté des biens du contribuable. Nous excusons les fautifs au nom de la dîme perçue, du pourboire reçu, de la promesse alléchante à nous faite, de la table garnie à nous servie. Ces mêmes pseudo-bienfaiteurs payent mal leurs employés, brutalisent leur femme, exploitent veuves et orphelins, ne fournissent même pas la ration alimentaire à leur famille. Nous nous taisons par amitié. Demain, le prix à payer sera lourd, pas pour eux. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, un Général Allemand déclarait : « Nous sentions qu’Hitler voulait la guerre mais nous avions peur de l’en dissuader. Il nous donna la facture et c’est à nous de la régler. Nous continuons à la régler. » Coq, bouc et bœuf furent sacrifiés pour honorer la mémoire du défunt.
La longue chaîne des saints que nous célébrons au quotidien nous rappelle que si l’Eglise tient, elle l’est plus par ceux qui n’ont pas protégé leur tête, à commencer par son Fondateur.
Les mains sur la tête n’est pas un acte d’innocence mais une démission aux conséquences incalculables. Certes, l’on n’aura peut-être pas besoin des prophètes Élie qui carbonisent sur le Carmel des faux prophètes de Baal mais il nous faut des Élie qui s’élèvent et se lèvent contre les nouveaux rois Achab. Cette année de la foi aura besoin de nouveaux Daniel qui rattraperont le peloton d’exécution des Suzanne pour dénoncer les nouveaux vieillards tapis en embuscade pour bafouer l’honneur et la réputation des faibles. En cette année de la foi, il nous faut des Jean-Baptiste forts, debout devant les Hérode pour lui dire : « tu n’as pas le droit de prendre la femme de ton frère. » C’est cela l’honneur. Les Bambara du Mali diront : « il est préférable de mourir debout que de vivre à genoux ». Cette année de la foi sera coûteuse en témoignages. Mais ne manquons pas ce rendez-vous.

Abbé Hyacinthe OUEDRAOGO
Rédacteur en chef

Echo du Yatenga, trimestriel diocésain de Ouahigouya - N° 323 – 324 : mars - août 2012

EDITORIAL : LE SOU DU FOU

Lundi, 16 octobre 1978, place Saint Pierre de Rome, la foule compacte de plus de cent mille personnes attend de découvrir le visage du successeur du Pape Jean Paul 1er dont le pontificat n’a duré que trente-trois jours. Depuis la loggia, le Cardinal Felici annonce à la Ville et au monde : « Habemus Papam » (nous avons un Pape).Sa langue fourche et, au lieu de Carolum, il dit Carlum. Pas grave ! Mais lorsqu’il ajoute Wojtyla, distinctement prononcé, un silence de mort tombe sur la Grande Place, un silence effrayant alors qu’en de pareilles circonstances, il y devrait y avoir une tempête d’applaudissements. Ce jour-là, un silence de catastrophe avait envahi la Place. Un reporter, à la télévision, s’efforce d’expliquer que les gens n’ont pas compris le nom prononcé par le Cardinal Felici et c’est ce qui justifie l’absence d’applaudissement. C’est plutôt lui qui n’a pas compris l’état d’âme de la foule. Chacun se demande qui est cet inconnu ; les plus instruits soutiennent que ce doit être un Noir. Après quinze secondes, les plus cultivés répandent la nouvelle sur la nationalité polonaise de l’arrivant. Bientôt, le Pape apparaît, un grand crucifix planté devant lui comme une épée.
Entouré de quelques Cardinaux, Carolum prononce un petit discours : « Dilettissimi fratelli et sorelle » (Très chers frères et sœurs). Un enthousiasme inouï éclate sur la place et l’on se demande pourquoi ces quatre mots provoquent tant d’éclat de joie. En apprenant que ce Pape était Polonais, cette foule avait sans doute pensé qu’il ne parlait pas italien et, lorsqu’elle l’entendit prononcer ce salut dans un italien très pur, d’une voix puissante, elle manifesta tout simplement sa joie. N’est-ce pas vrai que la langue est aussi une clé qui ouvre les cœurs ! Allant dans la logique de ceux qui affichaient une perplexité et un enthousiasme mesuré à l’annonce de de la nouvelle, Wojtyla ajoute : « Les vénérables cardinaux ont appelé un nouvel Evêque à Rome, ils l’ont appelé d’un pays lointain. J’ai eu peur d’accepter cette nomination, mais je l’ai fait en obéissance à Jésus Christ et de confiance absolue envers sa Mère, la très Sainte Madone. » Les gens s’apaisèrent et lui rendirent l’hommage des applaudissements. Mieux, lorsqu’il laisse jaillir de son grand cœur le « Non abbiate paura ! » (N’ayez pas peur !), tout le monde comprit que quelque chose venait de basculer dans l’Eglise. Le christianisme allait recommencer ; il sortait une fois de plus de la tombe que le monde croyait définitivement scellée. André Frossard ira jusqu’à affirmer que ce Pape serait « celui d’un renouveau chrétien, et l’espérance enfuie reviendrait en force avec lui parmi nous. »
Ce qui me semble digne d’intérêt, ce sont ces quinze secondes de silence qui ont figé la foule à l’annonce du nom : Carolum, en lieu et place des Montini, Danieli, Magoli, Carcaloti et autres noms mignons. L’événement ici évoqué est lointain, vieux de plus de trente ans mais son intérêt traverse peut-être les âges. Attardons-nous sur ceux qui étaient sur cette Place Saint Pierre ce jour-là et qui souhaitaient voir se pérenniser la vieille tradition de cinq cents ans de papes italiens. Parlons du début difficile de ce Pape qui a vaincu le monde et conquis le Ciel puisque bienheureux ; évoquons le souvenir de l’homme qui a réconcilié, dans sa mort, les nations les plus hostiles à la paix. Revenons aux préjugés défavorables qui ont prévalu à l’accueil inamical réservé à cet « étranger », à ce fils de l’Eglise appelé « étranger », considéré comme « étranger » et étiqueté comme Polonais. On était tant habitué à des Papes italiens qu’on en est venu à faire de cette habitude une norme dogmatique : il faut que le prochain soit italien. C’était la pensée d’une époque, bien sûr ! Mais elle n’en demeure pas moins actuelle.
« Non abbiatepaura ! » Ce grand cri de Wojtyla semble vouloir dire : « N’ayez pas peur de l’étranger qui arrive, nous partageons la même foi qui est un fort lien de confiance ». Ce grand cri revêt encore et toujours une grande signification aujourd’hui pour nos églises et nos communautés humaines qui ont souvent peur de l’étranger. Peut-être pas de sa personne, mais de sa présence et de ses idées, surtout lorsqu’elles sortent du déjà-vu. Ces cinq dernières années, l’Eglise de Dieu au Burkina Faso a vu arriver, à la tête de plusieurs diocèses, des visages nouveaux. Koudougou et Manga sont servis par des diocésains de Ouahigouya ; Fada, par un de Koupéla ; Tenkodogo, par un Camillien, originaire de Ouagadougou ; Ouahigouya, par un natif de Koudougou ; Dori, par un Administrateur Père Blanc. Même le grand Ouagadougou doit son Evêque au petit Ouahigouya qui l’avait reçu de Kaya. Ces beaux choix se fondent sur des valeurs, rappelées à propos par le Nonce Apostolique Vito Rallo, un certain 2 février 2009, dans la Cathédrale de Ouahigouya : « L’Église famille de Dieu est catholique, c’est-à-dire universelle. Elle ne connaît donc pas de frontières régionales ou provinciales. Nous sommes tous membres de la même Eglise, membres de la même famille et aucun catholique n’est étranger dans un autre diocèse. Imaginez pour un moment, si les premiers Évêques du Burkina Faso ne fussent pas venus de la France, il n’y aurait même pas maintenant d’Église Catholique au Burkina Faso. Aussi les Pères Synodaux à l’occasion du récent Synode pour l’Afrique ont-ils demandé que les fidèles et les prêtres accueillent avec esprit de foi l’Évêque que le Saint-Père envoie comme Pasteur de leur diocèse. » Tout se lit entre les lignes du diplomate romain.
« Non abbiate paura ! » Arrêtons-nous une dernière fois sur cette Place qui avait boudé, pour quelques secondes, le Polonais. Revenons-y un certain mois d’avril 2005, autour de la dépouille de Jean Paul II, exposée au monde. Une clameur, comme provenant d’une voix unique et de cœurs qui battent à l’unisson, monte dans le ciel limpide de Rome : SANTO SUBITO (qu’il soit fait saint tout de suite). De mémoire d’Italiens, c’est depuis le quatrième siècle qu’on a entendu crier : Ambroise, Evêque ! Et l’on comprit que Dieu ne s’était pas trompé, en octobre 1978, en ses desseins. Il fallait à l’Eglise cet étranger, ramant à contre-courant du monde, pour vaincre ce monde. Sous le pontificat du Polonais, l’Eglise a passé le cap du milliard de chrétiens, le double de ce qu’il avait trouvé. « Non abbiate paura ! » A Ouahigouya, les nominations des prêtres viennent de tomber. Ce sera ainsi un peu partout dans les autres diocèses. Permettons à tous d’aller au bout de la logique de celui qui les a nommés.
Au fait, tout cela me rappelle une histoire de fou : l’homme avait perdu sa piécette et il la cherchait avec ténacité sous la lumière éblouissante d’un lampadaire. A un passant qui lui demande : « Où avez-vous perdu votre sou ? », le fou se redresse, tend l’index vers une lointaine direction et soupire : « Là-bas, dans les ténèbres épaisses. ». Beaucoup, comme ce passant, secouèrent la tête et partirent dans de grandes injures. Arrive un enfant qui, informé du problème du fou, lui propose : « Tiens ! J’ai une lampe-torche ; retournons dans les ténèbres. » Et le fou de s’émerveiller : « Heureusement que j’ai eu la bonne idée de me mettre sous le lampadaire sinon, comment m’aurait-il porté secours ! »

Abbé Hyacinthe OUEDRAOGO
Rédacteur en chef



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Copyrit Septembre 2012 Diocèse de Ouahigouya - BURKINA FASO